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CHUC MUNG NAM MOI

Jeudi c’était le jour de l’an chinois. Une journée de célébration chez les asiatiques.

Je suis née en France, d’origine vietnamienne et indienne. Je n’ai jamais été là-bas. Pendant une bonne partie de ma vie, j’ai été mal à l’aise avec mes origines. A cause des stéréotypes, des clichés, du racisme quotidien ou non, qui est toujours une violence.

Et ce jeudi matin, j’ai reçu les messages de ma famille, de mes amis, et j’ai pensé au fait que c’était la deuxième année qu’il n’y aurait pas de défiler, qu’on ne pourrait pas célébrer notre fête avec notre nombreuse famille, à manger comme 40. On va manger comme 40 mais chacun de notre côté. Et tu sais, on ne dit rien, on ne se plaint pas, on accepte.

J’ai pensé à cette journée, je ne connais aucun asiatique qui prendra une journée de congé, ou qui ne mettra pas son enfant à l’école pour célébration. Pourtant on aurait le droit, mais on ne le fait pas .

J’ai pensé au fait que mes amis, avant que je ne leur en parle, ne se rendent absolument pas compte, de ce que signifie être étranger dans son pays. On ne sait pas qu’il y a un racisme anti-asiatique présent. Pourtant il est bien là, à 6 ans, j’ai commencé à entendre « chinetok », ou autre petit nom.

Et en fait, dans ce pays dans lequel je suis née, on m’a souvent vue comme une étrangère, mais si j’allais dans mon pays d’origine, je serai aussi une étrangère. Je fais partie de ces personnes ( comme les expatriés, les immigrés, les enfants d’immigrés, les métisses), qui n’appartiennent à nulle part. On appartient à partout et à nulle part.

Je fais partie de la génération Beneton, touche pas à mon pote, on a appris qu’on était tous plus ou moins étranger, et qu’on devait apprendre à vivre ensemble, à se respecter les uns et les autres, dans nos différences.

J’ai pensé au calme qui se dégage du 13e arrondissement de Paris, à la simplicité des personnes asiatiques. Je ne revendique pas mes origines, je n’ai pas de fierté particulière parce que je n’ai rien fait pour cela, mais aujourd’hui je le dis, j’aime ces gens. J’aime mes origines, et cette communauté, de tout mon cœur. Après avoir passé des années à être mal à l’aise d’être asiatique, à cause du regard de l’autre, aujourd’hui, je le dis, j’aime être d’origine vietnamienne et indienne. J’aime la richesse que cela m’apporte.

Et vous savez, je pensais au-delà du fait qu’on ne se plaint pas, on partage. Nos coutumes, nos traditions, notre fête du têt, on l’ouvre à tous.

Alors je vous souhaite à tous une belle année 2021 du buffle.

5 commentaires sur “CHUC MUNG NAM MOI

  1. J’avoue que le racisme anti-asiatique est peu abordé… Alors que, effectivement, il existe et ce, même dans la cour de l’école… C’est assez désolant…. En tout cas, bravo pour cette belle mise à nu sincère et touchante.

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